Société

Le Togo, le pays où errent les chiffres, les statistiques et les indices !

 En politique [au Togo], ce qui est galvaudé, cru, devient plus important que ce qui est vrai

La population d’un pays représente l’ensemble de ses habitants. La croissance de la population réfère à la variation du nombre estimé d’une période à l’autre. Il s’agit alors de la somme du solde de la croissance naturelle qui est le résultat de la différence entre les naissances et les décès, et du solde migratoire résultant des mouvements de ceux qui immigrent dans le pays et ceux qui émigrent hors du pays. Cette croissance est positive lorsque la somme des deux soldes est supérieure à zéro.

Un dénombrement de la population est souhaité sur une base régulière. Cela permet d’avoir des données concordantes permettant d’établir diverses prévisions, projections et perspectives plus près de la réalité. Il en va de la cohérence de la planification stratégique et des plans directeurs.

La division population du département Département des affaires économiques et sociales des Nation Unies a publié le 16 janvier 2026 une mise à jour de la projection de la population du Togo en intégrant les données du recensement national de 2022 (RGPG-5). Ce recensement fut organisé par les autorités togolaises avec l’appui technique du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).

Cette actualisation a engendré une correction à la baisse de la projection de la population du Togo par rapport aux projections de certaines institutions internationales, ces dernières années. En effet, cette mise à jour sur la base des données détaillées du recensement de 2022 réévalue la population à 8,133 millions d’habitants en 2023 et à 8,314 millions en 2024 et une estimation de 8,499 millions pour l’année 2025. Et de suite, la population du Togo est estimée à 8,685 millions d’habitants au 1er janvier 2026.

Alors, cette correction fait ressortir un écart d’environ 12 % entre les chiffres officiels du dénombrement de la population en 2022 (environ 8,2 millions d’habitants) et l’estimation de 9,1 millions d’habitants pour 2022, publiée dans les Perspectives de la population mondiale 2024.

Ce que la division population de l’ONU nous apprend, c’est plus la résultante d’un manque de diligence et de vision des autorités togolaises

Rappelons que la division population de l’ONU publie sur une base bisannuelle les Perspectives de la population mondiale (World Population Prospects). Concernant la révision des données, depuis celle de 2022, les estimations et les projections sont présentées par intervalles d’âge et de temps d’un an au lieu d’intervalles de 5 ans dans les révisions antérieures.

La dernière publication de perspectives de la population est publiée le 11 juillet 2024, soit « 2024 Revision of World Population Prospects ». Elle inclut des estimations historiques et des projections jusqu’en 2100. Toutefois, la prochaine publication de révisions bisannuelles, initialement prévue en 2026, a été reportée au 11 juillet 2027. Notons que les estimations de la division population de l’ONU prennent en compte les données nationales les plus récentes des pays concernés, lorsque ces pays les rendent disponibles. Et c’est là où le gouvernement du Togo a failli.

C’est ainsi que la division population du département Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies souligne que l’écart constaté entre les projections internationales de la population du Togo et les données locales résulte de faute de documentation relativement aux ajustements apportés aux données publiées des recensements de 2010 et 2022 au Togo. Comment est-ce possible que ce n’est qu’en 2024 que les autorités togolaises ont pu rendre disponibles les documents concernant les ajustements aux dénombrements de population de 2010 et de 2022 ? Ce manque de diligence a plus d’incidence sur les différentes planifications et projections que l’on puisse imaginer. C’est alarmant et affligeant à la fois !

Par ailleurs, la division population de l’ONU précise avoir ajusté les chiffres des recensements de 2010 et de 2022 afin de tenir compte des sous-dénombrements nets, sur la base d’enquêtes menées après le recensement de 2022. Alors que récemment, les autorités statistiques nationales (Togo) ont eu à préciser qu’elles avaient déjà ajusté les chiffres publics à partir de ces mêmes informations ajustées. Cette situation a entrainé ultimement un double ajustement par la Division de la population. Décidément, la situation est plus loufoque qu’autrement.

Rappelons que le Togo indépendant a connu un premier recensement de la population sur 2 ans, soit de 1958 à 1960. Par la suite, il y a eu les recensements de mars à avril 1970, celui du 09 au 22 novembre 1981, soit près de 29 ans après celui de 1970. Puis, il a fallu attendre jusqu’en 2010 pour un autre recensement et, finalement, le dernier dénombrement de la population a eu lieu du 23 octobre au 16 novembre 2022. Est-ce à dire que, jusqu’à cette révision de 2024, les projections et perspectives concernant le Togo prenaient subséquemment pour base les chiffres du recensement de 1981 ?

C’est décidément au-delà du manque de diligence. Il y a une très forte odeur de négligence non seulement dans la mise à disponibilité des données de dénombrement de la population, mais aussi dans le mécanisme de prise en compte des processus de valorisation des données déjà ajustées. Pire, les données comme celles de la division population de l’ONU sont généralement accompagnées de notes et d’avis explicatifs détaillant substantiellement le traitement qui a été fait et les limites ou contraintes concernant leurs utilisations. A-t-on fait fi de ces avis avant de faire les ajustements ? Ou est-ce que c’est le manque de compétence qui serait responsable ?

En fait, le PIB c’est quoi ? Comment se calcule-t-il ? Et pourquoi son ajustement ne doit pas être simplement mécanique ou déductif, outre mesure ?

Le PIB

Dans le concret, le PIB (produit intérieur brut) représente la somme des valeurs ajoutées de tous les producteurs d’un pays. C’est alors la valeur de marché des biens et services produits par les acteurs économiques sur une période. Il importe de préciser que le PIB ne tient compte que de la production de biens et services, mais pas de la production de biens et services intermédiaires. Cela principalement pour éviter la double comptabilisation, soit le fait d’additionner la valeur de la production plus d’une fois.

Ainsi, on peut décrire le PIB comme la richesse nouvellement produite d’un pays au cours d’une période donnée. Et subséquemment, c’est la variation du PIB dans le temps qui représente la croissance économique, soit l’accroissement de l’ensemble des biens et services d’une période à l’autre. Rappelons que le PIB ne tient pas compte des activités non marchandes, comme le travail domestique ou le bénévolat.

Comment se calcule alors le PIB ?

Le PIB se calcule de 3 manières, soit par les revenus, par la valeur ajoutée ou par les dépenses. En principe, ces trois approches de calcul du PIB amènent globalement au même résultat, car elles représentent une vision complémentaire de la production de richesse par la production, les revenus et la dépense.

La méthode de calcul du PIB par la production consiste à additionner la valeur ajoutée de tous les producteurs du pays, notamment les entreprises, les administrations et les associations. Cette méthode tient compte de toutes les valeurs ajoutées réalisées sur le territoire et les impôts sur la production, tout en soustrayant les subventions.

Concernant la méthode de calcul du PIB par les revenus, elle comptabilise tous les revenus distribués lors du processus de production, tels que les salaires versés aux travailleurs, les bénéfices des entreprises, les impôts sur la production et les intérêts versés aux banques. Cette méthode fait ressortir la manière dont la richesse produite est répartie entre les différents acteurs économiques.

Quant à la méthode par la dépense, elle consiste à additionner toutes les dépenses effectuées pour acheter les biens et services produits dans le pays. Il s’agit de la consommation des ménages, les investissements des entreprises, les dépenses publiques et les exportations, desquelles on soustrait les importations. En effet, on y soustrait les importations, car, il ne s’agit pas de biens et services produites sur le sur le territoire national.

Après avoir examiné les méthodes de calcul du PIB, il est raisonnable de supposer que la détermination du PIB togolais s’écarte de la somme des valeurs ajoutées ou des revenus pour se rapprocher plus de la somme des dépenses, en particulier de la consommation finale, de la variation des stocks, des exportations et d’un léger investissement courant et non structurant.

Dès lors, on peut valablement présumer qu’une réévaluation à la baisse de la taille de la population du Togo par rapport aux évaluations ou perspectives récentes, ne doit indubitablement pas induire une « réévaluation mécanique simpliste ou déductive » de la valeur du PIB et par ricochet du PIB par habitant ou de la création de richesse par tête d’habitant.

Il faudrait suivre tout un processus de réajustements et de corrections incluant une mise à jour de la valeur des dépenses des ménages et de certaines dépenses publiques, qui étaient faites à partir d’estimations référant à une taille de la population plus élevée que ce que donnent les ajustements. Par exemple, la réduction de la taille de la population devait induire une variation à la baisse du nombre estimé de ménages, entre autres. C’est un exemple parmi tant d’autres.

Les limites du PIB

Le PIB représente une moyenne de la répartition de richesse, mais il ne décrit pas la répartition des richesses ni la qualité de vie. Il ne prend pas en compte les activités non marchandes, comme le travail domestique ou le bénévolat, encore moins les conséquences environnementales de la production et les inégalités.

Ce que le gouvernement togolais semble oublier ou fait semblant d’ignorer

En presque 21 ans de pouvoir, le bilan du régime de Faure Gnassingbé est presque vide de réalisations : aucune route, aucun centre ou collège de formation professionnelle, aucun centre culturel ou de sport, aucun marché (même pas la reconstruction des marchés incendiés sous ce régime), aucun hôpital, aucune université, aucun tronçon de chemin de fer construit, etc. Dans cet état de choses, où tout manque au pays et où les besoins élémentaires sont criants, la croissance que vante tant le gouvernement est loin de suffire pour couvrir le minimum de besoins de base.

Rappelons que, d’après le récent recensement de la population de 2022 (RGPH-5), le taux d’accroissement intercensitaire est de 2,30 %, ce qui signifie qu’on peut s’attendre à ce que la population togolaise double d’ici 31 ans, soit vers 2053. Les besoins augmenteront substantiellement.

Cela implique qu’un changement structurant, donc le développement économique pérenne, est requis et reste la clé pour aboutir à des solutions pérennes. Il s’agit d’initier une suite logique de transformations de structures économiques, socioculturelles, politiques. Les effets cumulatifs ou composés de la croissance engrangeront ultimement un engrenage générateur de valeurs ajoutées plus consistantes. Cela permettrait de se doter des instruments et des outils nécessaires dans le combat contre la pauvreté ; et, par ricochet, élever graduellement le niveau d’éducation, de formation, de couverture santé, d’épanouissement des citoyens ; bref leur niveau de vie.

La croissance économique n’étant simplement que la variation du produit intérieur brut (PIB) dans le temps, le fait par le gouvernement togolais de claironner sur un taux de croissance élevé amène à poser la question de savoir « qu’est-ce qui croit au Togo » ? Quand on n’en a pas assez pour les besoins de base, la croissance du peu restera malgré tout peu par rapport ce dont il est requis.

Ainsi, faire l’apologie de taux de croissance, même élevé, sans développement, est d’une incongruité sans pareille

Voici deux exemples simples, connus aussi dans les principes élémentaires en économie, qui illustrent l’aberration du « culte de la croissance », sans fondamentalement chercher à poser les bases d’un développement structurant. Autrement, c’est carrément une communication politique. À ce propos, l’ancienne chancelière allemande, Angela Merkel, disait que « la communication politique est l’art de créer une image, de la maintenir et de la propager ».

Mais quand cette communication politique est faite dans un but de manipulation ou pour duper le peuple, il y a péril en la demeure. Cela rejoindrait la perception qu’en fait Ahmadou Kourouma dans son ouvrage – en attendant le vote des bêtes sauvages (1994) -, lorsqu’il déclare que « la politique ne réussit que par duplicité ». Et quand cette duplicité est de surcroit perfide, le reste se passe de commentaires. Malheureusement, le Togo, la terre de nos aïeux serait à ce stade.

Exemple 1 : Un pays X a un besoin minimal de 10 000 tracteurs en temps T, cependant, il n’en a réellement que 1000 disponibles. Il couvre donc 10% de ses besoins réels. Ce pays est naturellement en manque. Si ce pays arrive à ajouter 150 tracteurs en année T+1 pour un total de 1150 tracteurs, il dira qu’il a une croissance enviable de 15%.

Pourtant, il n’est toujours qu’à une faible marge de couverture de besoins de 11,5 % (1150/10 000). Il lui manque tout de même 88,5% pour arriver à couvrir son niveau minimal de tracteurs. Son niveau de production demeure en conséquence de ses moyens insuffisants, donc loin de son potentiel de l’autosuffisance alimentaire, par exemple.

Exemple 2 : Le pays Y a un besoin de base de 100 000 tracteurs et il dispose de 120 000 en année T. Il dépasse largement ses besoins de bases et se trouve en zone de sureté peut-être. Ainsi si ce pays Y atteint 130 000 tracteurs en année T+1; il aurait enregistré 8,3% (100 000/120 000) de croissance. Toutefois, il pourrait même se contenter d’une croissance nulle ou d’une décroissance dans le cas extrême, sans pâtir nécessairement de carence.

Dans ces exemples, la croissance du pays Y est de 8,3% avec pourtant 10 000 tracteurs de plus. Sa croissance en nombre absolu représente la totalité de ce que le pays X avait en année T. Même avec une croissance de 15% en année T=1, le pays X a seulement 150 tracteurs de plus en T+1 pour un total de 1150 tracteurs.

Dans le cas présent, le pays X peut crier sur tous les toits la progression de 15 % de son taux de croissance, qui est presque le double de celui du pays B (8,3 %). Or, il ne couvre que 11,5 % de ses besoins fondamentaux, ce qui est nettement inférieur à la couverture de 130 % offerte par B. C’est pourquoi il est crucial de mettre en place d’abord les bases d’un développement durable, c’est-à-dire d’une croissance qui profite au citoyen lambda. Ce qui est fondamental est de chercher à savoir qu’est-ce qui croît afin de mieux appréhender la portée de cette croissance.

Parlons d’effets statistiques – La course du régime RPT/UNIR à l’embellissement des données et autres indices sans bâtir une économie structurante est très nuisible pour le pays

L’interprétation que fait le gouvernement togolais de cette opération de réajustement de la taille de la population par la section population des Nations Unies n’est pas tout à fait concordante

Le site gouvernemental, republiquetogolaise.com, souligne, en ce qui a trait à cette mise à jour, qu’elle permet ainsi d’aligner les perspectives démographiques mondiales sur les données nationales officiellement validées. Et qu’avant cette actualisation, les estimations internationales de la population togolaise reposaient sur les projections démographiques disponibles avant la consolidation complète des données du RGPH-5.

L’édition du journal de 20h00 de la Télévision nationale (TVT) rapportant cette opération mentionna à son tour que, selon les autorités, la richesse nationale a augmenté, faisant passer le produit intérieur brut (PIB) par habitant à 1300 FCFA en 2025, soit 722 000 FCFA. De suite et rétroactivement, le PIB/habitant de 2023 sera réévalué à 1207 dollars et à 1281 dollars pour 2024.

Et comme à l’accoutumée, on s’empressa de dire que c’est un « chiffre qui va faire parler les économistes et rassurer les investisseurs ». Notamment, que la bonne santé de l’économie togolaise s’explique par le fait que la richesse nationale croît, plus de 6% cette année, plus vite que la croissance de la population (2,34%), pour un accroissement naturel de 2,36%. Le tout serait possible grâce aux réformes audacieuses du Chef de l’État, Faure Gnassingbé, en plus d’un effet de statistique résultant de l’intégration par les Nations Unions des résultats du RGPH-5 de 2022 dans ses perspectives.

Soit, mais tout cela est un peu tiré par les cheveux. C’est plus complexe qu’une simple itération mathématique pour se donner bonne conscience surtout. En outre, malgré la position politique des autorités togolaises, les faits restent obstinément ce qu’ils sont.

Comme l’indique le tableau ci-dessus, entre 1960 et 2024, le Togo a multiplié son PIB par 57,2 fois et 3,17 fois entre 2005 et 2025. Entre 1960 et 2024, son PIB/habitant a été multiplié par 10,3 fois et par 2 entre 2005 et 2024. Même si on prenait les données actualisées pour 2024 (PIB/habitant à 1281$), la progression entre 2005 et 2024 serait de 2,4 fois alors que celle du Bénin est à environ 3,4 fois.

Globalement, on peut remarquer sur dans le tableau ci-dessus que la création de richesses dans les pays voisins a cru beaucoup plus que dans le cas du Togo. Notamment, le PIB du Bénin a été multiplié par 95,1 entre 1960 et 2024. C’est 70,1 fois dans le cas du Burkina Faso ; 159,6 fois dans le cas de la Côte d’Ivoire ; 67,6 fois dans le cas du Ghana ; 74,4 fois dans le cas du Mali, etc. On comprend aisément que faire du vent n’est pas bâtir. Arrêtons la course à l’embellissement des chiffes au Togo et travaillons pour des objectifs concrets.

Par ailleurs, il y a eu d’autres occasions d’allègements et d’amélioration de statistiques, qui n’ont malheureusement pas été exploitées

Initiative PPTE de décembre 2010

Déjà en décembre 2010, le Togo avait bénéficié d’un allègement de dette jusqu’à 1,8 milliard $US par l’entremise du processus de l’initiative PPTE (pays pauvres très endettés) du Conseil d’administration du FMI et de la Banque mondiale. Cela représentait 82 % de réduction de la dette extérieure en valeur nominale. Cela représentait 47 % de réduction de l’encours de la dette des créanciers multilatéraux, 50 % des créanciers membres du Club de Paris et 3% d’autres créanciers bilatéraux et commerciaux.

De suite, le niveau d’endettement du Togo fut ramené à un niveau viable, soit un ratio de 45,1% de son PIB. Ce fut alors une occasion inespérée pour le Togo d’allouer les ressources exceptionnelles ainsi dégagées à des priorités, telles que les besoins sociaux et la remise en état des infrastructures, plutôt qu’au service de la dette… Hélas, au Togo de la « minorité pilleuse », on ne fait pas les choses comme il faudrait.

Ainsi, cette sorte d’embellie de la capacité d’endettement a durée jusqu’en 2012 seulement. Et la course effrénée à l’endettement a vite repris à partir de 2012 pour remonter à 81,6 % du PIB en 2016 et 75,9 % en 2018.

Le rebassage du PIB le 22 septembre 2020

Le PIB du Togo a été réévalué le 22 septembre 2020 sur la base de SCN 2008 (Système de Comptabilité Nationale 2008); en prenant 2016 comme année de référence. Cette opération, dénommée rebassage, a engendré une « revalorisation mécanique » du PIB du Togo de 36,5%. À cette occasion aussi, le gouvernement annonça que cette opération ramena le taux d’endettement à 51,8% du PIB, contre 68,6% en 2020. De plus, il mentionna que « le taux de pression fiscale est passé de 20,8 % (SCN 1993) à 13,6% (SCN 2008) en 2019 et de 21,1% à 14,6% en 2020.

Malheureusement, cette opération a servi principalement d’embellie cosmétique du ratio d’endettement du pays et servi de tremplin pour la course à l’endettement non structurant. Cet endettement vide est devenu un piège ou un cercle vicieux presque « Sisyphéen », principalement quand le coût de la dette est supérieur à la croissance. Cette occasion aurait dû être exploitée pour faire des investissements dans les secteurs prioritaires pour générer davantage de valeurs ajoutées.

Pour preuve, la dette publique du Togo a crû de 105,2% entre 2020 et 2025, passant de 2192,7 milliards FCFA à 4631 milliards FCFA au 30 juin 2025. Cette dette représente environ 72% du PIB, alors que le rapport aux recettes fiscales est d’environ 412%. Cela a pour effet que le service de la dette a augmenté de plus de 150 % entre 2019 et 2025, représentant environ 61,45 % des recettes fiscales au 30 juin 2025. À cette allure, le service de la dette pourrait atteindre 75% des recettes fiscales du pays à la fin de l’année 2025. Et il pourrait frôler les 80% en 2026, selon des données du projet de loi 2026.

Ainsi, selon le rapport « perspectives économiques régionales – Afrique subsaharienne » d’octobre 2025 du FMI, le solde budgétaire global du Togo, dons compris, est de 8,3% en 2022 ; 6,7% en 2023 ; 7,4% en 2024 et estimé à 7,6 en 2025, alors que le ratio dette/PIB était de 67% en 2022 ; 68,6% en 2023 ; 72,1% en 2024 et estimé à 71,9% en 2025. Mais le régime RPT/UNIR galvaude un taux de croissance de plus de 6 %, qui reste inférieur au déficit budgétaire récurrent.

Par ailleurs, la 2e revue de l’accord au titre de la facilité élargie de crédit de juillet 2025 du FMI relevait certaines irrégularités dans les inscriptions de certaines opérations de prêts et autres transactions. On y apprend que le gouvernement continue d’inscrire certaines dépenses publiques et prêts à l’appui de réformes au-dessus de la ligne, alors que depuis 2001 « les méthodologies du manuel SFP placent la ligne ailleurs. Alors que les opérations de prêts et autres transactions sur actifs financiers sont enregistrées au-dessous, que ce soit à des fins de politiques publiques ou non ».

Avec l’ajustement de ces inscriptions, la dette publique du Togo dépasse les projections de 2024, avec peu de progrès vers une amélioration de la viabilité de la dette togolaise, indique le FMI. Quelle est l’étendue de cette pratique, on ne peut le dire ici. La question pourrait se poser, si nous sommes en présence d’un cas tel que celui du Sénégal de Macky Sall.

Pour couronner le tout, le Togo a de plus en plus de la difficulté à emprunter à moyen et long termes ; des indices que le mal est lattant

Depuis l’été 2025, on remarque que plusieurs essais par le Togo d’émission des OAT (obligations assimilables du trésor) ont échoué. Principalement, les prêteurs institutionnels deviennent frileux, méfiants à l’égard du Togo. C’est ainsi qu’en juin 2025, par exemple, le Togo avait eu des difficultés à lever des fonds par des OAT, qui sont des titres à maturité longue et donc plus du ressort des investisseurs institutionnels, comme les grands fonds d’investissement.

Toutefois, pour brouiller un peu les pistes, le pouvoir de Lomé se rabat sur les BAT (bons assimilables du trésor), qui sont des titres publics émis à court terme, c’est-à-dire de 3, 6 ou 12 mois. Même si les intérêts sont relativement plus élevés, les échéances sont très proches et les commissions plus fréquentes, bref les taux d’intérêt sont élevés.

Par exemple, le 11 août 2025, le Togo a fait une levée de fonds sur le marché de l’UEMOA de 33 milliards FCFA, cependant majoritairement par des titres BAT. Et chose assez curieuse, environ 67% (21,992 milliards sur les 33 récoltés) de ces fonds provenaient d’investisseurs situés au Togo, selon le compte rendu disponible sur le site de l’UMOA.

Le 13 novembre 2025, le Togo a levé 33 milliards FCFA sur le marché des titres publics de l’UEMOA, composé de BAT à 364 jours et un rendement moyen pondéré de 5,96%, et des OAT de 3 ans à un rendement moyen pondéré de 7,89. À cette occasion aussi, plus de la moitié des fonds (17,99 milliards, soit 54,51%) provenait d’investisseurs au Togo. %.

Il faut surtout retenir que, lors de cette levée du 13 novembre 2025, les propositions d’AOT de 5 ans n’ont pas trouvé de preneurs au taux d’intérêt souhaité. Le taux n’était pas assez intéressant pour le risque perçu par les emprunteurs. C’est la preuve de la méfiance persistante des investisseurs pour des engagements à long terme au Togo.

En fait, la méfiance de la part des investisseurs par rapport à la solvabilité à long terme du Togo est grandissante. En se rabattant davantage sur les BAT, pour lesquelles il y a moins de restrictions pour les levées de fonds, contrairement aux AOT, le régime de Faure Gnassingbé s’adonne à la « cavalerie financière ». C’est une technique de refinancement, consistant à chercher de nouveaux prêts pour rembourser les anciens afin d’assurer une apparence de « solvabilité à court terme ».

Déjà en 2024, 70 % des 638,5 milliards FCFA mobilisés par le Togo sur le marché de l’UMOA était constitué de titres BAT à maturité courte et de seulement 30 % en OAT.

Tous les clignotants sont plus qu’au rouge, mais le régime continue de jouer au malin, en exploitant toute occasion qui s’y prête pour faire des déclarations alambiquées pour embellir la situation. Combien de fois, ils n’ont rabattu les oreilles des citoyens, avec des indices ou classement qui classeraient le Togo dans le peloton de tête dans l’UEMOA ou dans la CEDEAO ou encore en Afrique dans tel domaine ou second dans l’autre, etc.

Le dernier en date est l’annonce faite le 27 février 2026 sur le site gouvernemental que le Togo se hisse à la deuxième position africaine pour les droits économiques des femmes, selon le rapport annuel de la Banque mondiale publié le 24 février 2026, en particulier la conclusion du rapport Women, Business and the Law de la Banque mondiale. On peut beau avoir les textes, mais qu’en est-il de leur application ?

Précédemment, on apprenait que 14 202 entreprises ont été créées en 2025 au Togo, selon la compilation des statistiques du Centre de formalités des entreprises (CFE). Le Togo ferait mieux ainsi que d’autres pays. Tout en ajoutant que cette performance est à mettre à l’actif des réformes engagées par le gouvernement pour améliorer le climat des affaires et simplifier les procédures administratives. Mais, combien de ces entreprises créées sur papier entrent en activités ? Et quelle est leur moyenne de durée de vie ? Quels sont les problèmes qui contraignent leur évolution, entre autres ?

C’est le même gouvernement qui déclarait à une autre occasion qu’en ce qui concerne l’eau et l’électricité, 83% des ménages ont accès à une source d’eau améliorée et 70,3% des ménages bénéficient de l’accès à l’électricité, avec une forte disparité entre les milieux urbains avec 9 ménages sur 10 et ruraux (5 ménages sur 10).

C’est presque de l’angélisme quand on sait que l’accès à l’eau représente le mal le plus partagé sur le territoire togolais de nos jours. Quant à l’accès à l’électricité, n’en parlons même pas. Comment faire confiance à ces chiffres galvaudés ici et là par le régime RPT/UNIR, qui sont loin des réalités que vivent quotidiennement les masses togolaises ?

Il est temps d’investir adéquatement et de rompre avec les dépenses de prestige et l’angélisme ambiant. Les citoyens ont faim de tout et de rien. Ils ne sentent pas les effets de ces chiffres et indices élogieux à l’égard du Togo, ils espèrent un cadre transformateur où leurs initiatives peuvent prospérer.

Une sagesse africaine nous enseigne que « quand un arbre tombe, on l’entend ; quand la forêt pousse, pas un bruit ». Alors, arrêtons de faire du bruit et du vent et faisons en sorte que la forêt commune, la terre de nos aïeux, pousse sans le bruissement de la faim, du désespoir, de l’exclusion de certains, entre autres. Vivement que le bon sens général prenne le pas sur la cupidité et l’avidité de la minorité pilleuse.

Jospeh Atounouvi

 

 

 

 

 

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