
Libéré en janvier dernier après huit années de détention à la Prison civile de Lomé, l’Irlandais d’origine togolaise Abdoul Aziz Goma s’est exprimé pour la première fois, publiquement, sur ses conditions d’incarcération et celles de ses camarades défenseurs des droits humains.
C’était en marge de la 61ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, tenue à Genève. Au cours de deux interventions particulièrement suivies, l’ancien détenu a livré un témoignage poignant sur les années passées derrière les barreaux, dénonçant tortures, isolement, mauvais traitements et dénis de soins.
Dès l’entame de son propos, Abdoul Aziz Goma a tenu à affirmer son innocence. « J’ai la certitude profonde que je n’avais commis aucun crime. Je n’étais pas détenu pour ce que j’avais fait, mais pour ce que je représentais : un défenseur des droits humains qui refusait de se taire », a-t-il lancé.
Selon lui, sa détention relevait d’une logique d’exemple destinée à intimider les voix critiques. Il évoque une « responsabilité morale » qui l’a empêché de céder. « Céder, me briser pour disparaître intérieurement, c’est offrir une victoire totale à un système répressif. Il y a des moments où l’on ne tient plus par espoir. On tient par refus. Refus de mourir en silence. Refus de devenir invisible. »
Huit ans de détention, tortures et isolement
Durant son intervention, il a affirmé avoir subi « tortures, isolement, mauvais traitements et dénis de soins » au cours de ses huit années de détention au Togo. Son témoignage met en lumière les conditions de détention qu’il juge contraires aux normes internationales, estimant que la situation des défenseurs des droits humains au Togo demeure préoccupante.
Abdoul Aziz Goma a également reconnu le rôle déterminant des mécanismes internationaux dans sa libération. Il cite notamment, les avis du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, les communications des procédures spéciales, la mobilisation de certains États, ainsi que l’action d’ONG et de médias internationaux. « Sans la mobilisation de ces mécanismes, je ne serais probablement pas en vie aujourd’hui », a-t-il déclaré.
Toutefois, nuance-t-il, pour beaucoup, ces mécanismes sont intervenus trop tard. « Pendant que les procédures suivaient leur rythme institutionnel, les défenseurs voyaient leur santé se dégrader ; certains ont été contraints à l’exil, d’autres ont disparu ». Selon lui, la question centrale n’est pas l’utilité des mécanismes, mais leur capacité à agir à temps et avec suffisamment de détermination.
Dans un passage particulièrement ferme, Abdoul Aziz Goma a estimé que sa remise en liberté ne résultait pas d’une décision souveraine des juridictions togolaises, mais d’une pression internationale accrue. « Ma libération n’est pas le fruit de la justice togolaise. C’est le résultat d’une pression internationale après huit années de détention arbitraire, de tortures et de procédures iniques ». Il affirme que le « système répressif » demeure en place et que des défenseurs restent détenus dans des conditions qu’il juge contraires aux engagements internationaux du Togo.
Un appel direct aux États
Face aux représentants étatiques présents à Genève, il a posé une question qu’il juge importante. « Combien de défenseurs devront encore être en prison, torturés, exilés ou brisés avant que vos engagements deviennent des actes concrets ? » s’est-il interrogé.
Il a, par ailleurs, exigé de ces organisations et Etats présents, la nomination publique des violations, la libération immédiate et inconditionnelle de tous les défenseurs détenus, des réparations intégrales, la conditionnalité des coopérations internationales au respect effectif des droits humains.
Pour rappel, l’affaire Abdoul Aziz Goma a suscité de nombreuses réactions internationales au fil des années. Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire avait conclu au caractère arbitraire de sa détention. La Cour de justice de la CEDEAO s’était également prononcée sur des violations alléguées dans des dossiers similaires.
Quant au Parlement européen, il avait adopté une résolution exigeant sa libération immédiate et la fin des arrestations arbitraires au Togo. Des organisations internationales de défense des droits humains avaient multiplié communiqués et campagnes de plaidoyer.
Sa détention a également été dénoncée à plusieurs reprises par la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les défenseurs des droits de l’homme, Mary Lowlor.
Malgré ces interventions, Abdoul Aziz Goma estime qu’« aucune conséquence réelle » n’a suivi les différents avis et résolutions. « Tant qu’un seul défenseur restera enfermé au Togo, mon combat ne s’arrêtera pas », a-t-il conclu.
Joël D.




