
Dans le Togo de Faure, le présent est insaisissable et le futur est inexistant. Il est temps de faire autrement !
« À force de parler, un homme finit par croire à ce qu’il dit », Honoré de Balzac dans illusions perdues (1837-1843).
Le 30 décembre 2025, Faure Essozimna Gnassingbé a adressé un message de « vœux à la Nation togolaise ». Il a senti, encore une fois, le besoin d’expliquer aux citoyens togolais les vertus et les promesses de la 5e République RPT/UNIR, enfoncée dans leur gorge. Il estime que l’adoption de la Ve République marque l’évolution la plus profonde de notre Constitution depuis plus de 30 ans. Il poussera le bouchon jusqu’à déclarer que ce choix n’a pas été imposé, mais a été voté, assumé et conduit sans rupture. Pourquoi ce besoin persistant de s’autoconvaincre, si pour autant la constitution de la 5e République a été accouchée dans les règles de l’art ?
D’autre part, le Président du conseil déclare : « En 2026, je souhaite qu’une culture politique nouvelle s’impose : une culture politique de respect, où l’on critique les idées, mais jamais les personnes […] Depuis plusieurs années, notre pays progresse. Il progresse en matière d’infrastructures, de stabilité économique, d’intégration régionale, de digitalisation […] Un pays ne se développe pas uniquement avec des routes, des ports et des usines, on nous le dit souvent … ». Faure Gnassingbé mentionne par ailleurs avoir fixé au Gouvernement trois priorités simples : Protéger, Rassembler, Transformer. Décidément, le sigle RPT semble mutant et persistant.
De plus, le Président du conseil déclare : « On ne protège pas un pays seulement avec des armes. On le protège en donnant à chacun une vie digne […] La sécurité vient aussi du développement. Elle vient de l’emploi. Elle vient de l’accès aux services essentiels. Elle vient d’un pays où personne ne se sent oublié […] Quand un enfant peut aller à l’école en paix, nous renforçons la sécurité. Quand une famille a accès aux soins, nous renforçons la sécurité. Quand un agriculteur peut vivre de son travail, nous renforçons la sécurité. Et quand un village a accès à l’eau, à la route, à l’électricité, nous renforçons également la sécurité ». Il a déjà fait ces constats à plusieurs reprises, pourtant, tout manque au Togo, principalement le manque d’eau potable partout sur le territoire, le manque de maitrise d’eau et de politique appliquée pour une agriculture autosuffisante, etc.
Alors, c’est plus qu’un aveu d’échec. Autrement, c’est l’expression de l’état d’âme d’un dirigeant qui n’a pas fait preuve de vision et de planification stratégique, après près de 21 ans d’exercice d’un pouvoir absolu. La répétition de ces discours et promesses sans actions concrètes pérennes est symptomatique de son déphasage par rapport aux vécus et aspirations de la grande majorité des citoyens togolais. Même la minorité commence par avoir des réserves.
Est-il possible de parvenir à un développement économique durable ou à une transformation profonde du pays sans l’énergie, les usines et les infrastructures, ou encore l’autosuffisance alimentaire ? Faure Gnassingbé doit savoir minimalement que l’économie, c’est de l’énergie transformée et que le développement économique est une suite logique de transformations de structures qui induisent graduellement l’élévation du niveau d’éducation, de formation, de couverture santé, de productivité dans les divers domaines, d’épanouissement des citoyens ; bref leur niveau de vie. En plus, la pratique de la bonne gouvernance doit être une constance, de même que la lutte contre la corruption.
C’est ainsi que le développement économique permet le financement durable d’une politique sociale nationale. Autrement, on est obligé de faire des prêts non pour des investissements structurants, mais pour financer sporadiquement des transferts monétaires hypothétiques, s’embourbant ainsi dans une spirale d’endettement et de pauvreté.
Par ailleurs, le Président du Conseil signale avoir demandé au ministre de la Justice d’exécuter les décisions de grâce et de clémence. Subséquemment, le conseil des ministres du 30 décembre 2025 a adopté un décret accordant la grâce présidentielle à 1511 condamnés.
Cette grâce et/ou clémence est exploitée comme un geste de magnanimité ou de bonne volonté. Pourtant, des Togolais ont été enlevés, arrêtés arbitrairement, battus, torturés, emprisonnés, dont certains n’ont jamais eu de jugement, même après des années de privation de libertés. La stratégie de la répression pour faire taire est conduite dans l’extrême par ce régime. Pire, au même moment où on parle de grâce, les enlèvements de citoyens continuent. Le plus simple serait de mettre fin à la prise d’otages politiques et libérer l’espace public. Alors, tout un chacun prendra sa responsabilité.
Préalablement, le 2 décembre 2025, Faure Gnassingbé était passé, dans une précipitation qui interroge, devant le Parlement réuni en congrès pour livrer un discours sans débat, décliné comme « discours sur l’état de la Nation ». Cet acte n’est prévu dans aucun texte, dans le cas d’espèce. Rappelons que la Constitution de la 5e République RPT/UNIR stipule en son article 55 : « le Président du Conseil peut soumettre au Sénat, pour un débat sans vote, toute communication sur l’exécution de son programme ».
En réalité, l’allocution du 2 décembre n’a pas été un discours sur l’état de la nation, une présentation de la vision de la nouvelle république ou encore une déclaration de politique générale. C’est une sorte de mise en scène politique. Comme cela, seule la volonté du « roi » prime et dicte tout. Par ailleurs, il déclara : « Je veux que ce mandat soit jugé non sur ses intentions, mais sur ses résultats. Le gouvernement que j’ai l’honneur de diriger sera un gouvernement d’action ». Doit-on comprendre que les quatre mandats qu’il a accomplis depuis 2005 n’étaient pas basés sur le résultat ?
Puis, le mardi 30 décembre, lorsque l’ensemble des forces vives du pays fut invité au palais de la Marina pour exprimer au Président du Conseil, et non au Président de la République, des vœux de santé et de succès dans la conduite des affaires de la Nation, ainsi que des vœux de paix, de stabilité et de prospérité pour le pays; la mobilité urbaine et interurbaine fut perturbée dès la veille le 29 ainsi que la presque fermeture de la route nationale n°2 dès 5 heures du matin du mardi 30 décembre 2025. De quoi a-t-on peur, pour autant ?
Alors que l’article 50 de la constitution RPT/UNIR stipule « le Président du Conseil, chef du gouvernement… », qu’importe le jeu sémantique pour le prénommé « Président du conseil » au lieu de « premier ministre ». Malgré cette réalité implacable, tout ce qui réfère à « présidentiel » est coopté par le chef de gouvernement du régime parlementaire RPT/UNIR.
Dans tout ce méli-mélo, le Président de la République de la 5e République RPT/UNIR, épouvantail et faire-valoir, est abonné aux absents. Alors que, selon l’Art. 40 de leur constitution du 6 mai 2024, « le Président de la République est le chef de l’État. Il est le symbole de l’unité nationale ». Dans les faits, il n’est qu’un chef d’État imaginaire ou virtuel. C’est le Togo à l’épreuve du système RPT/UNIR. Il ne faut pas que quiconque ou quoi que ce soit fasse de l’ombre à leur « champion ».
L’objectif de cette 5e République semble être le couronnement du « Roi », ni plus ni moins, et tout le reste basta
Tous les amendements à la Constitution du peuple togolais, en vigueur depuis septembre 1992, ont été motivés par le désir d’assurer la continuité du pouvoir du chef de l’exécutif, que ce soit Gnassingbé Éyadema jusqu’à son décès en février 2005, ou son fils Faure Essozimna Gnassingbé depuis lors.
Par conséquent, tous les amendements successifs de la Constitution de septembre 1992 ont été apportés, notamment le 31 décembre 2002 pour supprimer la limite du mandat présidentiel, les articles 65 et 144 en février 2005 après le décès du père pour désigner le fils, et 29 articles modifiés en 2019 en prévision des élections présidentielles de 2020. Toutefois, un soin particulier a été apporté à l’inclusion de la disposition suivante : « les mandats déjà réalisés et ceux qui sont en cours à la date d’entrée en vigueur de la présente loi constitutionnelle ne sont pas pris en compte dans le décompte du nombre de mandats, pour l’application des dispositions des articles 52 et 59 relatifs à la limitation du nombre de mandats ». Finalement, en décembre 2023, l’Assemblée nationale en fin de mandat initia dans le secret total le changement de la constitution du Togo et donc de régime sans référendum. Ainsi naquit la 5e République RPT/UNIR par la promulgation le 6 mai 2024 de cette constitution imposée.
Qu’est-ce qui a été concrétisé sur les promesses « les 20 plus de Faure » d’avril 2005 ?
Lors des élections présidentielles du 24 avril 2005, à la recherche d’un premier mandat, Faure Gnassingbé avait promis de réaliser les « 20 plus » qui devaient transformer le Togo en un pays moderne. Autrement, il avait promis transformer le pays. À propos, il fut présenté par le système comme « l’homme jeune pour un Togo moderne ». Depuis, les discours et les promesses de Faure Gnassingbé n’ont consisté qu’en un recyclage de ses promesses de 2005. De sorte qu’en 2026, il nous parle encore de consignes données au gouvernement pour transformer…, entre autres. La seule évidence est que « l’homme jeune » a pris au moins 20 ans de plus, mais la précarité et la carence d’opportunités se sont accentuées.
Rappelons que lors de son discours du 26 avril 2012 lors du 52e anniversaire de l’Indépendance du Togo, Faure Gnassingbé reconnaitra « lorsque le plus petit nombre accapare les ressources au détriment du plus grand nombre, alors s’instaure un déséquilibre nuisible qui menace jusqu’en ses tréfonds la démocratie et le progrès ». S’il a conscience depuis lors du mal abyssal qu’est le cancer de la corruption, pourquoi ce mal a-t-il tant progressé et métastasé ?
Quand tout reste à faire, c’est que rien n’a été fait véritablement. La répétition sauve l’âme, selon une sagesse. Alors, voici les « 20 plus de Faure » lorsqu’il s’était imposé aux Togolais en 2005, qui sont devenus des « 20 moins » presque 21 ans plus tard. Le peuple doit-il en rire ou pleurer ? Pourrait-on s’interroger avec un peu de sarcasme !
1. Plus pour la réconciliation et l’unité : Le Togo doit se réconcilier avec lui-même. Il doit accepter ses différences, mais renforcer son unité du nord au sud et de l’est à l’ouest.
En 2026, on observe que le Togo n’a jamais connu une telle division, un tel chagrin et une menace aussi grande pour son unité. La Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) sur les exactions au Togo, principalement après les carnages de 2005, a le 3 avril 2012 remis au gouvernement 68 recommandations qui sont restées lettre morte. Au contraire, la répression et l’impunité ont le vent dans les voiles. Qu’est-ce qui empêche d’agir, sinon la peur de devoir rendre des comptes ?
2. Plus pour le rayonnement international : J’associerai l’ensemble de la société togolaise à la définition de notre politique étrangère.
Hormis le fait que Faure Gnassingbé soit devenu l’un des plus grands voyageurs, la réputation du Togo n’est pas pour autant moins ternie par la politique intérieure. De plus, le fait de vouloir jouer sur tous les plans à la fois produit l’effet contraire. Il donne l’impression d’être avec tout le monde sans être avec personne. Cela n’est jamais profitable, en fin de compte.
3. Plus pour la sécurité : je renforcerai les relations entre le peuple togolais et ses forces armées et de sécurité.
Dernièrement, depuis juin 2025, les exactions commises par certains éléments des forces de sécurité, et les miliciens sont allées au-delà du concevable. Autant, les images et vidéos de certaines exactions sont insurmontables, autant le déni affiché par les autorités est cruel et insensé. Toutes les lignes de l’abominable sont franchies. Sur le plan national, le silence qui en résulte n’est pas la sécurité ou la paix, encore moins la résignation. Tel un volcan, l’absence de magma en surface ne veut nullement dire qu’une irruption est loin de se produire.
4. Plus pour la démocratie : je poursuivrai la marche du Togo vers la démocratie et l’État de droit, j’organiserai des élections législatives libres et transparentes ; je donnerai une place prépondérante à la société civile dans le dialogue social ; je mettrai en place le Sénat pour assurer la meilleure représentation des forces régionales et des élites religieuses, traditionnelles ou syndicales.
Jacques Nteka Bokolo disait, « une politique qui ne place pas l’homme au milieu de son intérêt ne peut être juste ». C’est sans équivoque que la 5e République actant un changement de régime a été cavalièrement imposée au peuple, sans son consentement. Pourtant, les alinéas 1 et 2 de l’article 59 de la constitution de 1992 précisent que « le Président de la République est élu au suffrage universel, libre, direct, égal et secret… Cette disposition ne peut être modifiée que par voie référendaire ». Alors, on peut tout dire, mais l’histoire rétablira les faits. Le bien-être du peuple et le vivre ensemble sont sacrifiés. Seulement, les institutions politiques ont été multipliées pour contenter les redevables et autres assujettis. On est retourné au système du parti unique, ou presque. Tout est à refaire sur le plan de la construction démocratique.
Pour preuve, les résultats des dernières élections défient toute logique statistique et démographique. Le Togo a une population jeune avec 48,5 % ayant moins de 18 ans, selon le Country Office Annual Report 2022 de l’UNICEF. Seulement, les 0 à 14 ans représentent environ 41 % de la population totale. Toutefois, 51,24 % de la population auraient été inscrits pour les élections, soit la presque totalité des 18 ans et plus. C’est une probabilité impossible, alors qu’il y avait eu des couacs lors des derniers recensements électoraux. Par exemple, la région des Savanes est la région ayant connu la plus forte croissance au pays du nombre d’inscrits entre 2020 et 2025, soit 36,17 %. Alors que c’est une région avec des enjeux sécuritaires ayant engendré des déplacements de population, entre autres. Par ailleurs, des taux de participation y atteignent par endroit les 97 ou 98%. Le système est plus que grippé.
5. Plus pour la justice : Les Togolais ont droit à une justice transparente, indépendante et sûre.
La justice togolaise est malade. Les citoyens sont de plus en plus révulsés par son fonctionnement. De sorte qu’en août 2022, M. Abdoulaye YAYA, président du Conseil supérieur de la magistrature (CMS) et de plus président de la Cour Suprême du Togo, avait dénoncé́ publiquement les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire et en particulier le rôle des magistrats. Quant aux auxiliaires de la justice, avocats, notaires, experts, OPJ, huissiers, commissaires-priseurs, il regretta les actes que posent certains de ces auxiliaires de justice qui « s’écartent des règles régissant leurs professions et ne concourent plus au rayonnement de la justice ». Particulièrement à propos des avocats, il dira « malheureusement, on constate que ce devoir n’est plus respecté par la plupart des avocats au nom de ce que certains d’entre eux appellent « nous devons faire tourner nos cabinets ».
De plus, en février 2023, le Président de la Cour Suprême posa le constat suivant : « la minorité pilleuse qui a été dénoncée dans ce pays est devenue une majorité prédatrice tentaculaire, et à cette allure, personne n’est en sécurité… En dehors du football, la corruption est devenue le sport national ». Le reste se passe de commentaires. Peut-on encore avoir plus injuste que cette justice ?
6. Plus pour les libertés : Un code des libertés publiques sera élaboré pour assurer l’expansion des principales libertés : association, information, réunion ; un code des droits et devoirs des citoyens délimitera strictement la possibilité d’intervention des agents de l’État dans la vie des citoyens.
Plusieurs organisations et regroupements signalent le recul des libertés publiques au Togo. L’espace public au Togo, civique et politique, est l’une des plus fermées, sinon la plus fermée, dans la sous-région ouest-africaine. Même des réunions privées, confessionnelles, syndicales ou autres sont suspectées et interdites. Une bonne partie des médias crédibles est censurée et ceux qui tiennent encore sont sporadiques et font parfois de l’autocensure pour continuer d’exister. Quant aux conférences de presse et réunions de groupes politique, on n’en parle même plus. Tout est la coupe acérée du régime. Les perturbations numériques et les restrictions d’accès aux informations numériques se multiplient. Tout cela pour le contrôle de l’opinion publique.
7. Plus pour la bonne gouvernance et la fonction publique : J’assurerai le paiement des arriérés de pension aux agents permanents ; j’assurerai la régularité des salaires ; une évaluation du travail de chaque administration sera régulièrement accomplie avec le concours des fonctionnaires ; dans chaque administration, un délégué du médiateur recevra les plaintes des citoyens et devra remédier aux manquements constatés. La Cour des comptes sera mise en place. L’obligation pour chaque titulaire d’une fonction publique de rendre compte de son mandat sera instaurée.
Selon l’indice de la perception de la corruption de tansparency de 2024, le Togo a un indice de 32 pour la 121e place sur 180, soit le 6e rang sur 8 dans l’UEMOA. Déjà, l’index 2022 du Togo était de 30 sur 100, équivalent à la 130e place sur 180 pays évalués, comme celui de 2021. Alors, la corruption reste l’un des boulets de l’économique togolaise et de l’administration. En comparaison, le Burkina Faso occupe le 77e avec un score de 43, le Ghana, le 72e au même titre que le Bénin avec un score de 42.
Le récent rapport No. 25/178 d’octobre 2025 de la deuxième revue de l’accord au titre de la facilité élargie de crédit du FMI est très alarmant sur l’état précaire des finances du Togo. On y apprend d’ailleurs que lorsque les services du FMI souhaitaient entre autres l’alignement « du régime de déclaration des revenus et du patrimoine applicable aux hauts fonctionnaires sur les meilleures pratiques, notamment en imposant la publication des déclarations. Les autorités estiment que cela exposerait les déclarants à des pressions sociales indues aux fins du partage de leur richesse ». Apparemment, la minorité fait tout pour éviter de devoir rendre compte à la majorité
8. Plus pour la société civile : J’accorderai une place prépondérante à la société civile dans le dialogue social.
La société civile au Togo est devenue une société phagocytée à plus d’un égard. Elle n’est ni considérée ni intégrée valablement dans un dialogue social quelconque. Le tort de certains membres de cette société civile semble être de faire écho de l’exaspération du peuple togolais.
9. Plus pour la jeunesse et l’éducation : L’éducation sera notre priorité. Les meilleures conditions seront créées pour l’éducation des jeunes: 5000 classes nouvelles avec les équipements appropriés seront créées en cinq ans. Un grand lycée scientifique sera créé. Les universités de Kara et Lomé seront développées.
J’améliorerai les conditions de vie des étudiants et développerai l’accès à l’internet. Les écoles d’initiative locale seront transformées en écoles publiques par un statut particulier. Les enseignants auxiliaires seront intégrés dans le corps des enseignants de l’administration. Je ferai attribuer par le ministre de l’Enseignement des bourses présidentielles d’excellence. Une aide au premier logement sera instituée sous forme de microgarantie par l’État. Une aide au premier emploi des jeunes sera instituée sous forme d’exonération sociale.
La promesse était la construction de 5000 nouvelles classes en 5 ans. Depuis 21 ans, les dirigeants n’ont pas réussi à construire 5 000 salles de classe, ni les universités, ni les lycées, ni les autres promesses, pendant toute cette période. Pourtant, discours après discours, on ressasse les mêmes promesses. Cela s’apparente à un manque évident de respect envers le peuple.
10. Plus pour les femmes : J’accroîtrai la responsabilité des femmes dans la vie politique, professionnelle et sociale ; je favoriserai la protection de l’intégrité physique et morale des femmes pour qu’elles puissent s’épanouir sans contraintes.
Ici aussi, les résultats se font attendre depuis lors. Au contraire, certaines des femmes qui expriment leur ras-le-bol de ce manque de résultats sont embastillées, torturées, emprisonnées et des fois privées de leurs nourrissons. On a l’impression que la femme togolaise n’a jamais été aussi méprisée, humiliée ou déshumanisée.
Selon Paulo Coelho, « l’être humain a deux grands problèmes : le premier est de savoir quand commencer, le second est de savoir quand s’arrêter ». Il est temps d’arrêter toutes ces souffrances, pour un meilleur vivre ensemble.
11. Plus pour la retraite : J’assurerai le paiement des arriérés de pension. J’assurerai la régularité des pensions. Je favoriserai les efforts de solidarité pour le troisième âge.
Les retraités font partie des couches les plus négligées par ce régime. Soulignons que, globalement, le montant de la pension est égal à 20 % du revenu moyen non plafonné des 5 dernières années, plus 1,33 % du revenu de chaque 12 mois de cotisations accomplies au-delà de 180 mois (15 ans). Un abattement de 5 % par année est appliqué en cas d’anticipation de retraite. Vu le niveau des salaires au Togo, principalement jusqu’aux années 80-90, on peut comprendre le désespoir de bon nombre de retraités. Surtout qu’il n’y a pas de processus annuel automatique d’indexation des pensions de retraite, par exemple sur l’indice des prix. La dernière augmentation de 5% remonte à septembre 2022. De plus la perception des pensions demeure un parcours de combattant pour la plupart.
Au premier trimestre 2025, la Caisse de retraite du Togo (CRT) signalait 41 561 bénéficiaires, dont 27 883 sur la pension de retraite, 7159 dans la catégorie de pensions de veuvage et 6198 bénéficiaires d’allocations temporaires pour orphelins.
12. Plus pour la liberté de création : Les entreprises jouent un rôle important dans la création d’emplois ; je supprimerai toutes les autorisations administratives préalables à la création d’entreprises. Un facilitateur pourra être saisi en cas de difficultés opposées aux entrepreneurs.
Malgré les efforts sur le plan de la simplification des procédures de création d’entreprise, la réalité de l’exercice n’est pas pour autant allégée. Certes, les créations d’entreprises sont en hausse, mais combien d’entre elles débutent réellement leurs activités, et encore, restent en activité pour combien de temps ? De plus, l’impression de harcèlement fiscal qu’expriment les entrepreneurs n’encourage pas la création d’emplois et de valeur ajoutée. Et qu’en est-il du respect des droits des travailleurs? Tout ce chantier est encore au stade du déblayage.
13. Plus pour la ville : Je nommerai un ministre chargé de mettre en place une politique de la ville et d’amélioration du cadre de vie : assainissement des villes et notamment Lomé ; logement pour tous. Je ferai construire des maisons à bon marché pour faciliter le logement des jeunes accédant à la vie active et de tous ceux qui ont besoin de se loger dans de meilleures conditions. Dans le cadre d’une politique de grands travaux, un appel sera adressé aux pays enclavés pour mettre en chantier une autoroute appelée «FLEUVE DE L’ESPÉRANCE» allant de Lomé à la frontière nord. Ce projet créera 100 000 emplois en 5 ans, offrira un moyen de transport efficace et sera le vecteur de notre intégration régionale.
Le manque d’infrastructures de tout ordre est sans commune mesure. Sur le plan de l’assainissement et de la salubrité publique, quelques gouttes de pluie transforment les rues et ruelles de Lomé et la plupart des centres urbains en zones aquatiques. Les logements sociaux dans le sens propre du terme n’existent pas. Seuls quelques projets de résidences, qu’on peut compter sur les doigts d’une seule main, ont vu le jour. Cependant, ils sont trop chers pour un salarié moyen.
Quant à l’autoroute « fleuve de l’espérance », elle reste toujours dans les limbes de l’imaginaire. Le Togo reste le seul pays de l’Afrique de l’Ouest et qui sait de l’Afrique entière, qui n’a ni un réseau de chemin de fer ni une autoroute moderne, de gares routières modernes, etc. C’est simplement fou!
Il est urgent d’ériger des dorsales routières (autoroute) et ferroviaires de Lomé à Cinkassé, de développer des axes interrégionaux et des interconnexions des différentes zones agropastorales.
14. Plus pour la santé : Je doublerai en 5 ans le budget de la santé.
La Déclaration d’Abuja a fixé un objectif de 15% du budget national à consacrer aux dépenses publiques de santé. Le Togo est loin de cet objectif, avec une part de 3,8% à 5,7% entre 2005 à 2011, qui a chuté à 5,1% entre 2014 à 2017. En 2019 cette part fut de 5,23%, est descendue à 3,85% en 2020, puis 2,56% entre 2021 et 2023. C’est bien loin des objectifs régionaux.
La réalité est que, depuis près de 21 ans, Faure Essozimna Gnassingbé n’a construit aucun hôpital public moderne et n’a pas non plus équipé adéquatement les hôpitaux existants. Les équipements essentiels manquent cruellement dans la plupart des centres sanitaires du pays. Ce n’est pas rare que des malades soient obligés de débourser avant l’obtention de soins ou d’acheter des accessoires élémentaires pour les soins. Même de simples antivenins font cruellement défaut dans des milieux ruraux pourtant connus pour des épisodes de morsures de serpents.
Pourtant, à la tribune de la 80e session de l’Assemblée générale de l’ONU, Prof Robert Dussey, auteur du livre « L’Afrique malade de ses hommes politiques », déclara que son gouvernement a investi 150 milliards investis dans le secteur de la santé (projets ELIPSE, SSEQCU, centre de Technologie …), qu’il a atteint 90,7 % d’accessibilité géographique aux soins de santé en 2023, soit une augmentation de 19,3% depuis 2020, et qu’il a lancé l’assurance maladie universelle avec 3 millions de personnes couvertes (y compris les élèves couverts par School AMU).
Toutefois, selon le rapport 2023 de la mission d’audit préliminaire de la Banque mondiale du projet SSEQCU, aucun objectif de mi-chemin atteint n’avait commencé à être réalisé, c’est-à-dire que tous les taux de réalisation étaient à zéro, deux ans après le début du projet en 2021. Un exemple, aucune personne sur les 2 519 336 personnes estimées (objectif année 2) n’a bénéficié des services essentiels de santé, de nutrition et de population (SNP) (CRI, alors que la cible finale prévue est de 15 015 200 personnes. Ou encore, il y a eu 0% de disponibilité sur 55% de disponibilité des médicaments traceurs dans les formations sanitaires des unités périphériques, alors que la cible finale est de 75% de disponibilité de médicaments.
15. Plus pour l’agriculture : Je favoriserai l’essor de notre production agricole en soutenant les agriculteurs. J’aiderai l’élevage. J’assurerai la défense de nos productions nationales sur le plan international pour que les paysans reçoivent un juste prix. Je ferai payer à temps le prix du coton et des ristournes seront versées. Je mettrai le prix des engrais à la portée des agriculteurs.
Au Togo l’agriculture emploie 62,5% de la population active, surtout dans le secteur informel, et est responsable de plus de 50% de la valeur ajoutée à l’économie togolaise. Et, selon l’ETD (Entreprise Territoire et Développement) 89% des superficies cultivées au Togo sont emblavées avec du matériel aratoire et seules 1% des exploitations sont équipées d’un tracteur, 25% des exploitations bénéficient d’un appui technique. L’utilisation d’engrais concerne 16% des cultures, les semences améliorées sont utilisées dans moins de 3% des cultures vivrières.
Comment comprendre alors que le Togo, qui exploite des gisements de phosphate à ciel ouvert depuis plus de 6 décennies, n’a pas d’unités de fabrication d’engrais? C’est l’absence de vision à son paroxysme? Aussi, seuls 12% des ménages ont accès au Crédit Agricole, en plus l’exploitation agricole est tournée vers l’autoconsommation et est faiblement monétariste. Alors que des projets agropastoraux sont annoncés régulièrement, dont des agropoles, certains financements sont décaissés, mais les livrables ne sont pas là.
16. Plus pour la jeunesse et la culture : Le sport sera popularisé avec la construction et l’aménagement de 1000 terrains de jeu. Je donnerai l’opportunité aux artistes de développer leur talent en soutenant la création nationale et en lui permettant de s’affirmer dans le monde. J’aiderai à la création de véritables maisons de la culture, de la musique et du spectacle.
Après plus de 65 ans d’indépendance, le Togo ne dispose que d’un seul stade de football de 25 000 places, soit le stade de Kégué inauguré en 2000. Certaines équipes de première division n’ont pas de terrain harmonisé et sont obligées de livrer leurs matchs sur des terrains hors de leurs localités et dans des conditions désastreuses. Il n’y a pas de palais de sport, de terrains ou de complexes de sports divers (basketball, volleyball, gymnastique, etc.). Même les espaces aménagés pour les activités sportives dans les quartiers manquent cruellement. Quant aux maisons de culture, de musique… n’en parlons même pas.
17. Plus pour l’artisanat : Je favoriserai l’aide à notre artisanat dynamique et créatif, notamment par l’octroi de microcrédits et par la mise en place d’un fonds de garantie pour les investissements des artisans.
Ce n’est pas encore une réalité en presque 21 ans de pouvoirs.
18. Plus pour le tourisme : Je favoriserai le développement d’un transport aérien à bas prix qui facilite la relation entre les Togolais de l’intérieur et ceux de l’extérieur et aide au développement du tourisme. 10 hôtels de la classe internationale seront construits.
Le développement du transport aérien est resté un rêve à ce jour. Le plus simple serait de développer le transport terrestre. Vu la taille du pays, de bonnes infrastructures routières et ferroviaires sont largement suffisantes pour relier les Togolais de l’intérieur à ceux de l’extérieur. Concernant la promesse de 10 hôtels de la classe internationale, on attend encore. Seul l’hôtel Le Bénin construit pour accueillir les invités à la proclamation de l’indépendance a été entre temps rénové et débaptisé en « Hôtel École Lébénè ».
19. Plus pour l’environnement : Je conduirai une politique de l’environnement avec le consentement, le concours et la participation des populations locales.
En dehors des discours, rien n’a signalé véritablement ici non plus.
20. Plus pour les médias : Je défendrai en toutes circonstances la responsabilité et la liberté de l’information.
Les libertés n’ont jamais été aussi restreintes au Togo qu’aujourd’hui. Les médias togolais manquent de tout. Le financement public des médias privés est alambiqué et largement insuffisant. La répression a fait fuir certains des plus crédibles. Ceux qui restent se pincent plus de 2 fois avant de publier quoi que ce soit. La plupart des journalistes et médias au Togo ne font plus que de la communication et non le journalisme dans le sens noble du terme.
Il est temps de construire le Togo nouveau – « Agir est autre chose que parler, même avec éloquence, et que penser, même avec ingéniosité » Marcel Proust
Ce qui est consistant dans le bilan de Faure Essozimna Gnassingbé depuis son accaparement du pouvoir en 2005 ce sont les multitudes de voyages officiels. En la matière, il est en tête de ligne comparé aux responsables des pays voisins ou de la sous-région. En 2016, le magazine Jeune Afrique a révélé que Faure Essozimna Gnassingbé se classait à la sixième position de son palmarès des dirigeants africains ayant effectué le plus grand nombre de déplacements, avec un total de 29 voyages. Soit une moyenne d’un voyage à chaque 12 jours. En 2018 il avait fait pas moins de 22 voyages officiels, 29 voyages pour 2019, 8 voyages en 2020 malgré la crise COVID-19, 21 voyages en 2021 et environ 20 voyages en 2022, 16 voyages en 2023 et environ 7 voyages dans les 5 premiers mois de 2024. Et de la mi-août à la fin de 2025, Faure Essozimna Gnassingbé a fait pas moins d’une douzaine de voyages officiels à l’étranger et presque autant, voire plus de déplacements non déclarés.
Quant à ce qui concerne ce qui compte vraiment, le Togo est loin derrière ses voisins, dont les présidents ne voyagent pas autant. Par exemple, en termes de création de richesse, le PIB du Togo a été multiplié par 8,6 entre 1980 et 2025, mais celui du Bénin a été multiplié par 15 durant la même période, celui du Burkina Faso par 12 et 20 fois dans le cas du Cap-Vert. Le Ghana a multiplié son PIB par 18,6; le Mali par 15,1. Bref, sur cette période, les pays voisins ont généré relativement plus de valeur ajoutée en mettant un peu plus les priorités à la bonne place, apparemment. Ils ne sont pas eux des extraterrestres, mais c’est la vision et le patriotisme qui font la différence.
Pourtant, le Togo est dans un cycle d’endettement effréné, avec un accroissement de la dette publique de 105,2% entre 2020 et 2025, passant de 2192,7 milliards fcfa à 4631 milliards fcfa au 30 juin 2025, représentant environ 72% du PIB. En conséquence le service de la dette a crû de plus de 150% entre 2019 et 2025, représentant environ 61,45% des recettes fiscales au 30 juin 2025. À cette allure, le service de la dette pourrait atteindre 75% des recettes fiscales du pays à la fin de l’année 2025. Et il pourrait frôler les 80% en 2026, selon des données de la loi 2026.
Malgré cet endettement immodéré, la publication de la Banque mondiale – Togo, vue d’ensemble – mise à jour le 31 mars 2025, révèle que le taux de pauvreté au Togo est de 58,8 % dans les zones rurales et 26,5 % dans les zones urbaines, alors que la pauvreté dans les ménages dirigés par des femmes est à 45,7 % et 45,2 % dans ceux dirigés par des hommes. Et le rapport d’octobre 2025 de la deuxième revue de l’accord au titre de la facilité élargie de crédit du FMI dit qu’environ 25 % de la population est extrêmement pauvre, alors que l’insécurité alimentaire reste résolument élevée, touchant 30,4 % de la population.
Il n’y a plus de promesses que Faure Essozimna Gnassingbé n’ait jamais tenues. Ce sont les actions qui manquent. En trois mois, il atteindra 21 ans de pouvoir et ne pourra plus rien accomplir de tangible et de tangible. Selon Charles Dollfus « on persuade par l’exemple plus que par la parole, et bien agir est plus éloquent que bien parler ». Autrement, le mensonge ou la belle parole donne des fleurs, mais pas de fruits. Citoyens du Togo, notre avenir peut être créé que par ce que nous faisons tant qu’il est encore temps, et non après.
Joseph Atounouvi




