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L’historien et homme politique Martin Aduayom au pays du repos éternel

 

Plus d’une décennie que l’octogénaire Martin Adimado Aduayom n’était plus apparu en public. Une absence liée à des questions de santé.  Des sources proches de son entourage familial, l’universitaire et homme politique sous la bannière de la Convention  Démocratique des Peuples Africains (CDPA) s’est éteint le dimanche 08 septembre 2024, à Lomé, des suites d’une longue maladie. 

Membre influent avec rang de Secrétaire général adjoint de la CDPA chargé des Relations Extérieures, il était un enseignant au Département d’Histoire à l’Université de Lomé  avant d’occuper le poste de Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dans le gouvernement issu de l’Accord de Politique Global (APG) signé le 20 août 2006 entre le pouvoir et l’opposition. C’était dans le gouvernement dirigé par le Premier ministre feu Me Apollinaire Yawovi Agboyibo, au sein duquel le Prof Léopold Messan Gnininvi, au titre de Ministre d’Etat, avait dirigé le Département des Mines et de l’Energie avant de changer de portefeuille. Quant au Prof Martin Aduayom, il s’était occupé du même portefeuille ministériel avant de démissionner à la veille du scrutin présidentiel de 2010.

Alors étudiant en France, Martin Adimado Aduayom avait milité dans les années soixante à la fois au sein de l’Association des Etudiants et Stagiaires Togolais en France (AESTF) et au sein de la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF), une association de loi 1901 et un syndicat défendant les intérêts des étudiants africains subsahariens et dissoute dans les années 80 sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.  D’autres étudiants  togolais tels que Joachim Atsutsé Kokouvi Agboli, Léon Messanvi Foli, Dovi André Kuevi y avaient également milité tout comme les Guinéens Alpha Condé, Siriadou Diallo ou encore le Sénégalais Amath Dansokho.

Martin Messan Adimado Aduayom avait durant son cursus universitaire, mené des travaux de recherche sur un sujet préoccupant, celui des «frontières arbitraires et artificiellement tracées pour séparer les colonies africaines héritées de la colonisation européenne. Des lignes tracées pour la plupart lors de la Conférence de Berlin entre 1884 et 1885 et jusqu’à nos jours sont sources de conflits entre les pays ». Il est, à ce titre, l’auteur d’une thèse de 3è Cycle intitulée : « Frontières contre les peuples en Afrique noire : le cas Ewé » soutenue à Paris 1 Sorbonne.

Martin Aduayom a également collaboré avec d’autres collègues enseignants à la publication, sous la direction du Prof Nicoué Lodjou Gayibor en 1997, de l’ouvrage intitulé : « Le Togo sous domination 1884-1885 » paru aux Presses universitaires à Lomé.

Il faut rappeler que le Prof Martin Messan Adimado Aduayom fait partie de la trentaine de cadres, de différentes professions dont des enseignants de lycée et d’université, des ingénieurs arrêtés au Togo en avril 1977 dans «l’affaire dite de professeurs égarés ou affaire de tracts ». Tel que mentionné dans le rapport rendu public par la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR). Il avait subi comme d’autres compatriotes dont Daniel Assiongbon Kueviakoé, Norbert Têtêvi Gbikpi-Benissan, Gabriel Kwami Nyassogbo, Dominique Lantame Zoumaro, Dovi André Kuévi, des sévices de toutes sortes, livrés à la vindicte populaire. Sans être jugés, ils furent libérés grâce à la pression des organisations internationales de défense des droits de l’homme.

De la race des intellectuels africains de dimension internationale, le Prof Martin Aduayom a beaucoup œuvré et attiré l’attention sur la question des frontières artificielles en Afrique. « Les menaces de turbulences militaro-politiques avec la revendication territoriale » sont entre autres les conséquences de ce paradoxe. Un exemple de taille est la séparation des Ewé entre le Ghana, le Togo et le Bénin en Afrique de l’Ouest. 

©Ekoué Satchivi

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