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Prison civile de Lomé : Situation de détresse sanitaire pour les détenus en grève de la faim

Dans un communiqué rendu public vendredi 05 décembre, les 37 détenus en grève de la faim à la Prison civile de Lomé sont inquiets de leur situation sanitaire. « Nous affirmons, avec la gravité que commande la situation, que toute négligence médicale dans un contexte de grève de la faim prolongée équivaut à une mise en danger délibérée de la vie humaine », déclarent-ils.

Un cri venu des murs où l’on étouffe la lumière

En ce mois de novembre 2025, dans l’ombre épaisse de la Prison Civile de Lomé, un mouvement d’une profondeur morale rare est né. Le 08 novembre 2025, Monsieur Abdoul Aziz Goma et Madame Grâce Koumayi Bikonibiyaté, tous deux détenus politiques, affaiblis par des mois de privations et de traitements indignes, ont entrepris une grève de la faim, aujourd’hui à son 28ᵉ jour, pour exiger ce que toute conscience humaine reconnaît comme un droit fondamental : la libération de l’ensemble des détenus politiques au Togo et le respect strict des décisions émises par la CEDEAO, l’Avis du Groupe de Travail sur la Détention Arbitraire de l’ONU et la récente résolution de l’Union européenne voté le 10 / 11 septembre 2025.

Inspirés par leur courage, 35 autres détenus se sont joints à eux le 12 novembre 2025, entamant à leur tour une grève désormais à son 23ᵉ jour, dans un élan collectif où chacun a mis sa propre santé en jeu pour défendre celle du pays tout entier. Ce geste, à la fois désespéré et lumineux, n’est pas une provocation : c’est un appel à la vie, à la justice et à l’honneur de notre nation.

Une situation sanitaire alarmante, un silence institutionnel inquiétant

Aujourd’hui, la situation médicale des grévistes est d’une gravité qui ne peut plus être ignorée.

•Madame Grâce Koumayi a été hospitalisée d’urgence, et se trouve actuellement au centre CABANO, où la qualité des soins prodigués demeure profondément insuffisante au regard de l’urgence vitale.

•Monsieur Aziz GOMA, dont l’état de santé se dégrade de manière alarmante, attend encore de recevoir des soins appropriés.

Plusieurs autres détenus observent toujours la grève de la faim, sans le moindre suivi médical rigoureux, sous le regard indifférent et impassible de l’administration pénitentiaire. Nous affirmons, avec la gravité que commande la situation, que toute négligence médicale dans un contexte de grève de la faim prolongée équivaut à une mise en danger délibérée de la vie humaine.

Nous rappelons avec force que le Togo, en tant qu’État partie à de multiples conventions internationales, a le devoir absolu de garantir la vie et la santé des personnes qu’il détient, quelles que soient leurs opinions ou leurs engagements citoyens.

Notre détermination : tenir debout là où la mort rôde

Dans ces murs où l’air lui-même semble peser, où la peur et l’incertitude hantent chaque nuit, nous avons pourtant choisi la voie la plus pacifique et la plus morale : offrir nos propres corps en dernier rempart contre l’injustice.

Nous n’ignorons rien des risques auxquels nous nous exposons. Nous les affrontons en pleine conscience. Car derrière notre geste, ce ne sont pas seulement nos vies qui s’expriment : ce sont des centaines de familles en larmes, ce sont des mères épuisées, ce sont des enfants sans voix, ce sont des citoyens qui aspirent simplement à la liberté et à la dignité.

Nous ne demandons ni privilège ni faveur. Nous demandons que le droit soit dit, que la justice soit rendue et que la vérité retrouve enfin sa place dans notre pays. Et tant qu’il restera en nous une étincelle de force, nous la consacrerons à cette lutte pacifique, même ici, dans ce lieu où la mort semble parfois plus proche que l’aube.

Aux organisations de défense des droits humains : nous vous appelons

À travers ce communiqué, nous en appelons solennellement, aux organisations nationales et internationales de défense des droits humains, aux institutions régionales et internationales, aux représentations diplomatiques, aux médias togolais et étrangers, aux organisations confessionnelles, et à toutes les voix libres qui refusent de rester silencieuses devant la souffrance humaine.

Nous vous demandons de porter notre voix, de documenter nos réalités, de nous accompagner, de protéger nos vies, et d’exiger avec nous :

1. La libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques ;

2. L’application intégrale et sans délai des recommandations de la CEDEAO, de l’ONU et de l’Union européenne ;

3. Le respect absolu de nos droits fondamentaux, notamment le droit à la santé, à l’intégrité physique et à un traitement digne ;

4. L’accès d’urgence à une équipe médicale indépendante pour évaluer l’état de chacun des grévistes.

Notre situation n’est pas une affaire de parti, de camp ou d’idéologie : c’est une affaire d’humanité. L’histoire jugera chacun selon ce qu’il aura fait — ou n’aura pas fait — pour empêcher l’injustice de se normaliser.

Aux Togolaises et Togolais : faites votre part

À nos sœurs et frères togolais, nous voulons parler avec la sincérité de ceux qui n’ont plus rien à perdre, sinon leur souffle : Faites votre part. Chacun à sa mesure, chacun selon ses forces, chacun selon sa conscience.

Nous, qui sommes privés de liberté, nous qui marchons chaque jour sur la corde raide entre la vie et la mort, nous avons décidé de nous tenir debout. Non pour nous-mêmes, mais pour que plus jamais un citoyen ne soit emprisonné pour avoir pensé différemment. Pour que notre pays ne soit plus un lieu où la vérité se dit en chuchotant. Pour qu’enfin, la justice cesse d’être un mirage réservé à quelques-uns.

Nous appelons chaque Togolaise et chaque Togolais à soutenir notre démarche pacifique : par la parole, par la prière, par la solidarité, par la vigilance citoyenne, par la lumière que chacun peut apporter là où l’obscurité gagne.

Le Togo ne changera pas par la résignation, mais par la responsabilité partagée. Nous signons ce communiqué non comme des victimes, mais comme des êtres humains debout, guidés par une conviction profonde : aucune chaîne ne peut éteindre la lumière de la justice.

Nous poursuivons cette grève de la faim, malgré nos corps qui s’affaiblissent, parce que notre détermination, elle, demeure intacte. Nous tendons la main à tous ceux qui refusent que la souffrance humaine soit banalisée. Nous tendons la main au Togo tout entier.

Que ce message franchisse les murs qui nous séparent. Qu’il trouve écho dans les consciences libres. Que les institutions entendent l’urgence. Et que la justice, enfin, fasse son œuvre.

Prison civile de Lomé, le 05 décembre 2025

Les grévistes de la faim et les détenus politiques signataires

 

 

 

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