Société

Prison civile de Lomé : menaces, blocages de soins… Les méthodes de Balaka Kossi dénoncées par les détenus en grève de la faim

Une crise majeure s’installe à la prison civile de Lomé, où 37 détenus observent une grève de la faim pour dénoncer des violations graves de leurs droits. Au centre de toutes les accusations se trouve l’administrateur de la prison, Balaka Kossi, présenté par les détenus comme le principal acteur des obstructions administratives, des intimidations et des entraves aux soins médicaux.

Selon plusieurs témoignages, les détenus grévistes ont tenté de notifier officiellement le début de leur mouvement en adressant un courrier réglementaire à Balaka Kossi. Trois jours plus tard, ce courrier leur a été retourné par trois agents, qui affirment que l’administrateur a expressément refusé de le recevoir en déclarant qu’il ne s’occupait pas des grévistes de la faim et qu’ils devaient s’adresser à leurs avocats. Cette décision viole les procédures pénitentiaires, empêche la documentation officielle du mouvement et prive les détenus du suivi médical auquel ils ont droit. Le même comportement avait été observé lors de la récente grève de la faim de Grace Koumayi, dont le courrier avait d’abord été rejeté avant d’être accepté sans aucune suite. Face au refus de l’administration, les détenus ont alors transmis leurs notifications au ministère de la Justice, à la CNDH et aux ambassades des États-Unis, de la France et de l’Allemagne.

Les accusations visant Balaka Kossi ne se limitent pas au rejet des courriers. Plusieurs détenus décrivent un climat d’intimidation instauré par l’administrateur, qui, selon eux, utilise un ton violent, profère des menaces voilées, exerce une pression permanente et laisse entendre que la situation pourrait empirer si les détenus insistent. Ces comportements s’apparentent à des abus de pouvoir et contreviennent aux Règles Mandela, qui protègent les droits fondamentaux des personnes incarcérées.

Le cas du détenu Goma Abdoul Aziz illustre de manière dramatique les accusations portées contre l’administrateur. En grève de la faim depuis le 8 novembre, son état de santé s’est fortement dégradé, avec une faiblesse extrême, des palpitations, des douleurs violentes et une perte de stabilité physique. Goma Abdoul Aziz a notifié par écrit une demande urgente d’hospitalisation. Plusieurs agents affirment avoir transmis cette notification, mais aucune décision n’a été prise avant la fin de l’après-midi. Lorsque le détenu s’est présenté au bureau pour demander des explications, Balaka Kossi a nié avoir été informé, a adopté un ton agressif, a contredit ses propres agents et a laissé planer des menaces indirectes.

Un transfert vers un centre de soins a finalement été annoncé à 18 heures, mais les conditions d’organisation ont largement été interprétées comme une tentative délibérée de saboter la prise en charge. « Goma Abdoul Aziz n’a pas été autorisé à prévenir un proche pour financer les soins, il a été empêché de consulter son médecin habituel et un praticien inconnu lui a été imposé. On lui a demandé un bon de consultation de 2 000 francs CFA, assimilé à une pratique de racket. Arrivé au pavillon militaire du CHU, aucun médecin n’était disponible et il est retourné en prison sans avoir été examiné. Une nouvelle tentative effectuée le lendemain a également échoué, le pavillon militaire refusant de recevoir un patient qui n’était pas considéré comme une urgence vitale », a-t-on appris.

Selon les détenus, ces faits démontrent une stratégie orchestrée par Balaka Kossi consistant à empêcher la documentation de la grève, à entraver les soins médicaux, à affaiblir physiquement les grévistes et à instaurer un climat de peur destiné à décourager toute contestation. « Cette situation constitue une violation grave des obligations du Togo en matière de droits humains, notamment du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de la Convention contre la torture, de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et des règles pénitentiaires nationales », expliquent les détenus.

La crise actuelle soulève de lourdes responsabilités pour l’État, qui doit assurer la sécurité et la santé des personnes incarcérées. Face à l’aggravation de la situation et à la détérioration alarmante de l’état de santé de plusieurs détenus, de nombreuses organisations appellent à une intervention urgente. Les Nations Unies, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, l’Union européenne, les ONG et plusieurs représentations diplomatiques sont exhortées à se saisir du dossier afin d’éviter une issue dramatique.

Joël D.

 

 

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