{"id":349,"date":"2018-08-05T17:43:11","date_gmt":"2018-08-05T17:43:11","guid":{"rendered":"https:\/\/libertetogo.info\/?p=349"},"modified":"2018-12-23T17:55:11","modified_gmt":"2018-12-23T17:55:11","slug":"voyage-au-coeur-du-camp-de-refugies-togolais-au-ghana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/libertetogo.tg\/index.php\/voyage-au-coeur-du-camp-de-refugies-togolais-au-ghana\/grand_reportage\/","title":{"rendered":"Voyage au c\u0153ur du camp de r\u00e9fugi\u00e9s togolais au Ghana"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La r\u00e9pression militaire en cours au Togo contre les manifestants hostiles au r\u00e9gime de Faure Gnassingb\u00e9 a pris des proportions plus effroyables dans certaines villes du pays. Mango, ville situ\u00e9e \u00e0 592 km de Lom\u00e9, a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre les 20 et 21 septembre 2017 d\u2019une des pires exp\u00e9ditions punitives. Face \u00e0 cette situation, plusieurs centaines d\u2019habitants ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 tout laisser derri\u00e8re et prendre le chemin de l\u2019exil. La plupart\u00a0 ont trouv\u00e9 refuge chez leurs fr\u00e8res (Tchokossi) de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re au Ghana et d\u2019autres ont afflu\u00e9 vers le B\u00e9nin.\u00a0 Nous sommes all\u00e9s \u00e0 la rencontre du plus grand groupe de r\u00e9fugi\u00e9s togolais \u00e0 Chereponi (Nord-Ghana).<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Pourquoi ces citoyens ont-ils quitt\u00e9 leur \u00ab\u00a0Mango natal\u00a0\u00bb et comment ont-ils pu traverser la fronti\u00e8re pour se retrouver l\u00e0 o\u00f9 ils vivent aujourd\u2019hui? Comment per\u00e7oivent-ils leur nouvelle vie de r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0? Comptent-ils retourner au pays\u00a0? Lecture<\/em><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Carnet d\u2019un voyage in\u00e9dit\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>Par nature, j\u2019aime les challenges, les aventures, bref toutes sortes de d\u00e9fis. Jeune journaliste-reporter que je suis devenu, mon cr\u00e9do est rest\u00e9 l\u2019amour du terrain. Cette passion qui m\u2019anime quotidiennement, me pousse parfois \u00e0 r\u00e9aliser des reportages in\u00e9dits. Mais si j\u2019avais su que celui-ci serait si p\u00e9rilleux, peut-\u00eatre que j\u2019aurais choisi de rester chez moi et faire le choix du journalisme-whatsapp\u2026 Bon, je voulais co\u00fbte que co\u00fbte \u00eatre le premier journaliste togolais \u00e0 me rendre au camp de refugi\u00e9s togolais ayant principalement fui Mango pour le Ghana. Cette aventure est si marquante qu\u2019elle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre racont\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour cette nouvelle aventure, je ne pouvais pas r\u00eaver mieux. J\u2019avais un contact direct parmi les r\u00e9fugi\u00e9s. Je n\u2019ai donc pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 l\u2019activer. Aussit\u00f4t, nous avions commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier les pistes possibles pour effectuer ce voyage. Possible que je passe par Accra pour monter au nord du pays jusqu\u2019\u00e0 Chereponi. Mais l\u00e0, il me faudrait au moins trois \u00e0 quatre jours de route. Tout sauf \u00e7a\u00a0! La meilleure option est d\u2019aller au nord-Togo puis de trouver un moyen de traverser la fronti\u00e8re. Oui, c\u2019etait la seule issue que j\u2019avais, \u00e0 d\u00e9faut de disposer d\u2019un jet priv\u00e9 \u00ab\u00a0<em>gracieusement offert par ma R\u00e9daction<\/em>\u00a0\u00bb\u2026 Tout compte fait, je devrais descendre \u00e0 Mango avant de prendre la route pour le camp des r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 travers des voies d\u00e9tourn\u00e9es, les fronti\u00e8res \u00e9tant herm\u00e9tiquement boucl\u00e9es par les militaires togolais.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un premier ajournement du voyage, il a finalement eu lieu le mardi 10 octobre 2017. La nuit a \u00e9t\u00e9 courte pour moi. J\u2019\u00e9tais l\u2019un des premiers \u00e0 me pointer \u00e0 la gare pour prendre le bus. M\u00eame l\u00e0, il y avait toujours des doutes dans ma t\u00eate. Je savais pertinemment que ce ne serait pas une partie de plaisir. Mais j\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 discuter avec mon contact qui m\u2019a confi\u00e9 \u00e0 un conducteur de taxi-moto dont j\u2019ignorais tout.\u00a0<strong>\u00ab\u00a0<em>Il est encore possible d\u2019annuler ce voyage\u00a0!\u00a0<\/em>\u00bb.\u00a0<\/strong>Mon esprit \u00e9tait pris en otage par ce message qui tournait sans cesse dans ma t\u00eate. Tout compte fait, je suis arriv\u00e9 \u00e0 Mango vers 18 heures\u2026 il faisait peu \u00e0 peu sombre.<\/p>\n<p>L\u00e0, je d\u00e9couvris une ville morte, ville sans \u00e2mes. Je ne m\u2019attendais pas \u00e0 autre chose, bien s\u00fbr. Les militaires et autres agents des forces de l\u2019ordre qui patrouillaient, \u00e9taient relativement plus nombreux que les populations civiles. Toutes proportions gard\u00e9es, les quelques lampadaires de la ville n\u2019\u00e9clairaient que les treillis \u00ab\u00a0<em>sombres<\/em>\u00a0\u00bb et les bottes des militaires.\u00a0 Mais le Z\u00e9midjan qui devrait me r\u00e9cup\u00e9rer aussi tardait \u00e0 venir. \u00ab\u00a0<em>Aujourd\u2019hui, c\u2019est aujourd\u2019hui<\/em>\u00a0\u00bb, dit-on dans mon Bas-Mono natal.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 une apparence plus ou moins rassurante, mon c\u0153ur battait la chamade. C\u2019est alors que surgit le monsieur qui devrait m\u2019emmener au Ghana. \u00ab\u00a0<em>J\u2019\u00e9tais oblig\u00e9 de me mettre \u00e0 l\u2019abri quelque part puisque je suis activement recherch\u00e9 par les militaires<\/em>\u00a0\u00bb, me dit-il apr\u00e8s les salutations d\u2019usage. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai su \u00e0 qui j\u2019avais v\u00e9ritablement affaire. Il m\u2019a rassur\u00e9 par rapport au trajet. \u00ab\u00a0<em>N\u2019aie pas peur, on va y aller par la gr\u00e2ce de Dieu<\/em>\u00a0\u00bb, ajouta-t-il.<\/p>\n<p>Effectivement, nous avons besoin de la protection du Cr\u00e9ateur du ciel et de la terre. Nous avons parcouru \u00e0 moto plus de 60 km, traversant brousse, rizi\u00e8re et rivi\u00e8re en pleine nuit. Bon an mal an, nous \u00e9tions arriv\u00e9s sains et saufs au camp \u00a0des r\u00e9fugi\u00e9s et il a fallu attendre le lendemain pour faire les formalit\u00e9s administratives avant de commencer le reportage proprement dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Un choix difficile<\/strong><\/p>\n<p>Tout a commenc\u00e9 le 20 septembre 2017, avec des altercations entre militants d\u2019UNIR qui avaient improvis\u00e9 une manifestation publique pour \u00ab\u00a0<em>provoquer<\/em>\u00a0\u00bb ceux de l\u2019opposition qui ont r\u00e9pondu au mot d\u2019ordre de la coalition des forces d\u00e9mocratiques. Au lieu de s\u2019interposer \u00a0entre les deux camps pour ramener la paix et la qui\u00e9tude, les forces de l\u2019ordre ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 prendre parti pour\u00a0 le camp au pouvoir. La suite a \u00e9t\u00e9 dramatique. Au moins quatre morts dont le petit Yacoubou de 9 ans.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Nous avons subi plusieurs exactions \u00e0 Mango par le pass\u00e9, surtout dans le probl\u00e8me de faune, mais je n\u2019ai jamais pris le chemin de l\u2019exil. Mais cette fois-ci, ce que j\u2019ai vu, \u00e0 mon \u00e2ge (52 ans), je ne pouvais pas supporter. J\u2019\u00e9tais parmi les organisateurs de la marche. Nous nous pr\u00e9parions pour la mobilisation quand tout a pris feu en ville. Apr\u00e8s qu\u2019il y a eu une accalmie, les militaires ont entam\u00e9 une exp\u00e9dition punitive avec des arrestations arbitraires, des poursuites tous azimuts. Ils ont br\u00fbl\u00e9 les commerces des gens et commis des crimes inou\u00efs. Et face \u00e0 la cruaut\u00e9 avec laquelle on martyrisait les jeunes, je n\u2019avais d\u2019autre choix que de fuir Mango pour le Ghana\u00a0<\/em>\u00bb, raconte M.N. (Ce sont les initiales de ses nom et pr\u00e9nom), qui se d\u00e9crit comme \u00e9tant un nationaliste patriote.<\/p>\n<p>Ils sont d\u00e9sormais pr\u00e8s de 500 Togolais \u00e0 vivre dans le camp de r\u00e9fugi\u00e9s de Chereponi. Un \u00ab\u00a0<em>vieux<\/em>\u00bb local affect\u00e9 par les autorit\u00e9s ghan\u00e9ennes abrite la plupart d\u2019entre eux. Quelques-uns ont heureusement de la famille dans cette ville o\u00f9 vivent essentiellement des Tchokossi (ethnie qu\u2019on retrouve \u00e9galement \u00e0 Mango). Ils sont arriv\u00e9s l\u00e0 par divers moyens. Certains ont travers\u00e9 le fleuve Oti ou ont pass\u00e9 les fronti\u00e8res avant leur fermeture alors que d\u2019autres se sont retrouv\u00e9s \u00e0 Lom\u00e9 avant de rallier ce camp via Accra. C\u2019\u00e9tait un v\u00e9ritable parcours du combattant pour les uns et les autres. D\u2019autres ont pass\u00e9 des jours en brousse. Sans nourriture, sans assistance. C\u2019\u00e9tait un calvaire sans pr\u00e9c\u00e9dent pour eux. Les serpents ont mordu certains parmi eux et n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 la vertu th\u00e9rapeutique de certaines plantes, ils n allaient pas atteindre \u00a0la \u00ab\u00a0<em>terre promise<\/em>\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<em>Nous avons fait plus de 100 km \u00e0 pied avant d\u2019atteindre le camp de Chereponi. D\u2019autres ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 trouver refuge ailleurs. Nous sommes vraiment inquiets pour eux\u00a0<\/em>\u00bb, confie un autre refugi\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>La vie de r\u00e9fugi\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Le premier groupe arriv\u00e9 \u00e0 Chereponi a tr\u00e8s vite eu l\u2019assistance des responsables administratifs ghan\u00e9ens. H\u00e9bergement, nourriture, accoutrement, etc. Tout a \u00e9t\u00e9 pris en charge. Certains refugi\u00e9s se disent d\u2019ailleurs surpris de cet accueil.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Nous sommes arriv\u00e9s ici les mains vides et tout malheureux. Mais nous avons \u00e9t\u00e9 surpris par l\u2019hospitalit\u00e9 de nos fr\u00e8res ghan\u00e9ens et surtout des premi\u00e8res autorit\u00e9s de ce pays qui ont d\u00e9ploy\u00e9 d\u00e8s notre arriv\u00e9e la logistique n\u00e9cessaire pour prendre soin de nous. Ils nous assistent tous les jours. Nous nous sentons comme chez nous\u00a0<\/em>\u00bb, estime Aboubakar, refugi\u00e9.<\/p>\n<p>Le quotidien des\u00a0 refugi\u00e9s ne se r\u00e9sume seulement qu\u2019\u00e0 des r\u00e9unions et \u00a0concertations pour plancher sur la date de leur retour au bercail. Certains se l\u00e8vent t\u00f4t le matin et se lancent dans la recherche de petits jobs, histoire de subvenir \u00e0 certains de leurs besoins \u00e9l\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Issaka Roufaye, la trentaine, est \u00e9galement refugi\u00e9 \u00e0 Chereponi. Lui, il ne vit pas dans le local am\u00e9nag\u00e9 par les autorit\u00e9s. Il a une partie de sa famille qui se trouve dans cette ville.\u00a0 Tous les matins, il prend la moto de son fr\u00e8re pour faire le Z\u00e9midjan (taxi-moto). \u00ab\u00a0<em>C\u2019est le seul moyen pour moi d\u2019aider un peu la famille car je suis arriv\u00e9 bredouille ici<\/em>\u00a0\u00bb, affirme-t-il.<\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es au fil du temps sont soumises aux autorit\u00e9s qui ne tardent pas \u00e0 y trouver des solutions. Naturellement, les bourreaux passent par tous les moyens pour infiltrer le groupe. Cette situation a failli tourner au cauchemar pour un \u00ab\u00a0<em>\u00e9l\u00e9ment de la 5<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0colonne<\/em>\u00a0\u00bb arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s que les autres du groupe ont d\u00e9couvert le pot-aux-roses. Ce dernier a d\u2019ailleurs fr\u00f4l\u00e9 le lynchage. \u00ab\u00a0\u00a0<em>Nous sommes ici sur le qui-vive. Nous avons laiss\u00e9 derri\u00e8re nous nos familles qui continuent \u00e0 subir les atrocit\u00e9s de ce r\u00e9gime moribond. Nous avons les yeux rouges, et pour rien au monde, nous n\u2019accepterions pas que des individus pour des int\u00e9r\u00eats inavou\u00e9s nous sabotent. Il a eu de la chance\u00a0! Mais actuellement, il est dans les mains de la police de la localit\u00e9. On nous pers\u00e9cute chez nous. Nous avons fui, et on ne nous l\u00e2che pas. C\u2019est malheureux et nous ne savons pas ce que nous avons fait \u00e0 Mango pour m\u00e9riter tout \u00e7a. Mais nous sommes s\u00fbrs que nous nous approchons de la fin<\/em>\u00a0\u00bb, ajoute-t-il avec un regard referm\u00e9 travers\u00e9 par quelques traits de larmes.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s ghan\u00e9ennes avec lesquelles nous avons pu \u00e9changer ont r\u00e9affirm\u00e9 leur engagement \u00e0 accompagner leurs \u00ab\u00a0<em>fr\u00e8res<\/em>\u00a0\u00bb dans la mesure du possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>L\u2019\u00e9tat d\u2019esprit<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>On n\u2019est toujours mieux que chez soi. Malgr\u00e9 tout ce qui nous est r\u00e9serv\u00e9 ici, nous aurions pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rester chez nous et continuer la lutte. Ici, nous ne pouvons pas lutter efficacement. Nous voulons bien rentrer chez nous. Mais il faut aussi vivre avant de continuer la lutte. Si nous rentrons chez nous, avec peu de chance, on va se retrouver en prison, mais au pire des cas \u00a0nous irons directement rejoindre nos anc\u00eatres de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Nous \u00e9changeons entre nous, nous discutons, et le moment venu, vous aurez de nos nouvelles<\/em>\u00a0\u00bb.\u00a0 Cette affirmation d\u2019un autre r\u00e9fugi\u00e9 r\u00e9sume l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit qui pr\u00e9vaut au sein du camp de\u00a0 Chereponi. Certains sont pour un retour imm\u00e9diat pour poursuivre la r\u00e9sistance alors que d\u2019autres optent pour le \u00ab\u00a0<em>chrono<\/em>\u00a0\u00bb. Mais ils sont unanimes \u00e0 d\u00e9noncer les atrocit\u00e9s et exactions qui se poursuivent \u00e0 Mango.<\/p>\n<p>La crainte de repr\u00e9sailles\u00a0 sur les autres personnes rest\u00e9es au pays reste vivace dans les esprits. \u00ab\u00a0<em>Ce qui se passe actuellement \u00e0 Mango, d\u00e9passe le fait d\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 une marche ou non. C\u2019est un v\u00e9ritable probl\u00e8me de haine. Les militants d\u2019UNIR avec des miliciens pr\u00eatent mains fortes aux b\u00e9rets rouges pour nous exterminer. C\u2019est un v\u00e9ritable crime contre l\u2019humanit\u00e9 qui se joue actuellement \u00e0 Mango. Les militaires tiraient \u00e0 balles r\u00e9elles sur les gens. Ils font la ronde autour de nos maisons et terrorisent nos proches. Nous avons peur pour eux\u00a0<\/em>\u00bb, d\u00e9plore Alassane.<\/p>\n<p>Pour certains r\u00e9fugi\u00e9s, leur malheur provient de certains cadres du milieu. Ils ont nomm\u00e9ment cit\u00e9 Natchaba Fambar\u00e9 \u00e0 qui ils ont d\u2019ailleurs d\u00e9di\u00e9 une chanson dans laquelle ils l\u2019accusent vertement. Certains pointent directement du doigt Faure Gnassingb\u00e9 qui aurait organis\u00e9 une r\u00e9union pour acter l\u2019exp\u00e9dition punitive contre la population de l\u2019Oti.<\/p>\n<p>En outre, les r\u00e9fugi\u00e9s se sentent \u00e9galement plus ou moins d\u00e9laiss\u00e9s par les forces d\u00e9mocratiques et convient leurs compatriotes \u00e0 poursuivre la lutte jusqu\u2019\u00e0 la victoire finale.\u00a0 N\u00e9anmoins une d\u00e9l\u00e9gation d\u2019un parti politique est all\u00e9e les r\u00e9conforter ainsi qu\u2019une organisation \u00a0de la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n<p>Les r\u00e9fugi\u00e9s, en attendant de regagner leurs domiciles, profitent \u00a0pour le moment de l\u2019air d\u00e9mocratique ghan\u00e9en. \u00ab\u00a0\u00a0<em>C\u2019est \u00a0vraiment triste qu\u2019\u00e0 quelques kilom\u00e8tres de chez nous, il y ait une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie, alors que nous, nous continuons de ployer sous la dictature. Esp\u00e9rons que c\u2019est l\u2019ultime sacrifice que nous consentons pour que nous retournions dans la d\u00e9mocratie\u00a0<\/em>\u00bb, souhaite un refugi\u00e9.<\/p>\n<p>Le contraste est saisissant. Au bout d\u2019une cinquantaine de kilom\u00e8tres, on retrouve un m\u00eame peuple, mais vivant des r\u00e9alit\u00e9s diff\u00e9rentes. Certains Ghan\u00e9ens rencontr\u00e9s n\u2019ont pas manqu\u00e9 de vanter les m\u00e9rites de la d\u00e9mocratie. \u00ab\u00a0N<em>\u2019y a-t-il qu\u2019une seule famille chez vous au Togo\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb, m\u2019a demand\u00e9 un instituteur.\u00a0 La mort dans l\u2019\u00e2me, je ne savais quoi lui dire. L\u2019air de la d\u00e9mocratie est bon \u00e0 respirer. Les populations de Chereponi, majoritairement paysannes, \u00e9taient fi\u00e8res de leur quotidien.<\/p>\n<p>Le reportage termin\u00e9, il faut revenir \u00e0 Lom\u00e9. A quelques minutes de mon d\u00e9part, je me suis rappel\u00e9 tout le calvaire que j\u2019ai v\u00e9cu en arrivant. J\u2019ai m\u00eame demand\u00e9 \u00e0 mes contacts sur place s\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019autres routes plus praticables. Non, m\u2019ont-ils r\u00e9pondu. Les fronti\u00e8res sont ferm\u00e9es. D\u00e9j\u00e0 j\u2019ai pris le soin d\u2019effacer les images et vid\u00e9os de la carte m\u00e9moire de mon appareil photo, puisque je me suis rendu \u00e0 Chereponi \u00a0\u00ab\u00a0en clando\u00a0\u00bb, et si je me faisais prendre par les militaires togolais, ma mission serait nulle. Je repris mon courage \u00e0 deux mains.\u00a0 Mon sac au dos, je remonte sur la moto pour le trajet retour. Ainsi a-t-on refait \u00e0 l\u2019envers le difficile parcours. Seule bonne note, c\u2019est en pleine journ\u00e9e. Dieu merci, je suis bien rentr\u00e9 chez moi aux environs de 2h du matin, avec l\u2019espoir d\u2019un d\u00e9nouement rapide de cette crise pour que ces centaines de compatriotes retrouvent leurs familles.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>Shalom Ametokpo, de retour de Chereponi (Nord-Ghana)<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La r\u00e9pression militaire en cours au Togo contre les manifestants hostiles au r\u00e9gime de Faure Gnassingb\u00e9 a pris des proportions plus effroyables dans certaines villes du pays. Mango, ville situ\u00e9e \u00e0 592 km de Lom\u00e9, a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre les 20 et 21 septembre 2017 d\u2019une des pires exp\u00e9ditions punitives. 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